Paul Thiébault
1769-1846

Du chant, et particulièrement de la romance
1813


Une romance doit être moins chantée que déclamée.
La juste déclamation doit servir de base à son exécution, comme elle doit en avoir servi à sa composition.
On devroit même apprendre à bien déclamer une romance avant d'en voir les notes, et si elle étoit bien faite, elle seroit à moitié chantée par celui qui la déclameroit bien.
Indépendamment de cela, il faut que sans affectation, sa physionomie, le ton et même l'attitude de celui qui chante une romance concourent à son effet.
L'expression étant sa première et principale chose, on doit en chantant une romance en observer les moindres nuances, et même ne songer à faire valoir la voix que lorsque l'expression doit y gagner : aussi faut-il pour la romance beaucoup plus d'âme que de voix ; et quoiqu'une belle voix soit un avantage de plus, on peut avancer qu'une voix d'une étendue très-ordinaire suffit déjà pour bien chanter la romance.
(...)
Les règles de la prosodie doivent être encore l'objet d'une observation sévère, quand cela ne seroit que pour éviter les équivoques qu'à cet égard la moindre altération peut produire et les idées burlesques qui peuvent en naître.
La mesure, en général si essentielle en musique, l'est moins quand on chante une romance, autant cependant que c'est par art et non par ignorance qu'on y manque, chose que le goût et l'à-propos déterminent.
A cet égard, comme l'expression change toujours plus ou moins d'un couplet à un autre, il est bon que la mesure change avec elle, et suive le mouvement des paroles plus que le mouvement primitif du morceau.
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