Rudolf Steiner
1861-1925

Il faut s'en rendre clairement compte: chez l'enfant entre le changement de dentition et la puberté, ce qui prédomine souverainement, ce n'est pas l'intellect, c'est l'imagination, c'est elle qui est active, c'est sur elle qu'il faut compter. C'est pourquoi l'éducateur - comme je l'ai déjà dit - doit surtout développer en lui-même l'imagination. Sinon, s'il en vient prématurément à toutes sortes de considérations intellectuelles, l'enfant est incapable, même dans son corps physique, de se développer comme il convient. Bien des phénomènes pathologiques constatés de nos jours proviennent précisément de ce que, à notre époque matérialiste, on a mis un accent excessif sur l'intellect chez les enfants avant la puberté.

(...)

Voilà l'essentiel: prendre le point de départ dans la vie quand on expose les différents phénomènes physiques et chimiques. Si l'on procède autrement, si on part de l'abstraction, on observe chez l'enfant quelque chose de très curieux: l'enfant se fatigue facilement pendant la classe. Mais il ne se fatigue pas quand on part de la vie.

Or l'enfant ne doit ressentir absolument aucune fatigue, c'est la règle d'or pour l'enseignant. C'est quelque chose de bien curieux que la pédagogie expérimentale moderne. Elle établit à quel moment l'enfant est fatigué par une activité intellectuelle donnée. On en déduit le temps pendant lequel un enfant peut être occupé à cette activité sans éprouver de la fatigue. Mais cette manière de voir est fausse, complètement fausse! En fait, voilà comment les choses se présentent (...). L'homme se compose de trois organismes:
- le neuro-sensoriel (...),
- le rythmique: rythmes respiratoires et circulatoires;
- et enfin l'organisme du mouvement et des échanges, siège du métabolisme.

Pendant le développement qui amène l'enfant de la naissance au changement de dentition, on constate que c'est surtout l'organisme-tête, neuro-sensoriel, qui est à l'oeuvre pendant cette période. (...)

Il en est autrement chez l'enfant entre sept et quatorze ans. Dans cette période, c'est le rythme qui est souverain, le rythme de la respiration, celui de la circulation, le rythme seul. (...) Le système neuro-sensoriel d'une part, l'organisme des échanges d'autre part peuvent éprouver de la fatigue. L'organisme rythmique, lui, ne la connaît pas.

(...)

Pour éduquer, pour enseigner, il faut s'adresser aux fonctions qui, à cet âge, ont une action prédominante: entre le changement de dentition et la puberté, il faut, en faisant appel aux images, s'adresser aux fonctions rythmiques. A tout ce que vous décrivez, à tout ce que vous pratiquez avec les enfants, donnez une forme telle que la tête y participe le moins possible, mais que s'y adonnent le coeur, le système rythmique tout entier. La conséquence d'une semblable méthode, c'est que l'enseignement ainsi conçu ne fatiguera absolument pas l'enfant, car il est fondé sur le rythme, et non pas sur l'activité cérébrale.
__________________________
Connaissance de l'homme et art de l'éducation.
Septième conférence, Torquay, 19 août 1924.
Ed. Triades
1986