Benjamin Righetti
né en 1982

de l'écriture et de la composition


(...) Chez J. Brahms le propos est encore bien plus clair, et selon le principe absurde d'opposition de la composition et de l'écriture que l'intelligentsia musicale du 20e siècle a institué comme dogme, on peut parier qu'avec leur écriture archaïque, des pièces comme "Schmücke dich, o liebe Seele" ou le dernier "O Welt, ich muss dich lassen" n'auraient pas leur place dans la catégorie noble évoquant la création et le génie, mais seraient plutôt reléguées dans celle évoquant bassement la copie laborieuse de l'étudiant. Et cette idée arrogante qu'arrivé au terme de sa formation, un musicien acquiert subitement un statut spécifique, qu'il n'écrit plus mais qu'il compose, que ses pièces ne sont plus des exercices mais des œuvres, qu'il ne copie plus mais qu'il crée, qu'il n'est plus homme mais qu'il devient dieu, ces Préludes de Choral viennent en démontrer tout le ridicule. Dans une grande leçon d'humilité, J. Brahms nous rappelle que l'apprentissage n'est jamais fini, que fondamentalement écrire et composer sont des synonymes. Il met le doigt là où est l'essentiel, abandonne toute volonté de mise en avant de sa personne pour s'effacer derrière le miracle de la musique qui nous est donnée, dans un travail à la recherche d'une expression musicale pure et directe, dans une action plus proche du noble artisanat que d'un vain activisme artistique ostentatoire. (...)

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"Chorals Franck & Brahms", K617, 2013