Johann Sebastian Bach
1685-1750


Ce que j'ai atteint moi-même par le travail et l'application,
un autre, possédant un peu de naturel et d'habileté, y parviendra aussi.

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Cité par Johann Mattheson dans Der Vollkommene Capellmeister
et par Gilles Cantagrel dans Bach en son temps (§194), Fayard



L'enseignement de J.S. Bach d'après les témoignages de son époque

Lettre de Ph.D. Käuter, Weimar, 30 avril 1712
"
[Bach] est un homme excellent aussi bien que loyal dans la composition comme au clavier et sur d'autres instruments; il me donne chaque jour au moins six heures d'enseignement, dont j'ai le plus grand besoin pour la composition et le clavier, et aussi parfois pour d'autres instruments."

C.P.E Bach, Berlin, 1753
"Il est donc préférable qu'un maître habile habitue peu à peu ses élèves à des
œuvres difficiles. Tout repose sur la manière d'enseigner et cela sur de bonnes bases établies auparavant: de cette manière, l'élève ne ressent plus qu'il rencontre des œuvres difficiles. Feu mon père a obtenu d'heureux résultats de cette manière."

F.W. Marpurg, au sujet de J.F. Agricola, 1754
"Ensuite, le maître de chapelle Bach l'instruisit de l'art de l'harmonie et de la composition avec la profondeur et la sincérité qui lui sont propres."

sur J.G. Müthel, 1773
"Le maître de chapelle Bach l'accueillit très-amicalement, lui donna un logis dans sa maison, et Monsieur Müthel profita de son enseignement avec la plus grande attention."

C.P.E Bach, Hambourg, 13 janvier 1775
"Pour la composition, il passait directement aux éléments pratiques avec ces élèves, négligeant toutes les formes abstraites de contrepoint, telles qu'on les trouve chez Fux et d'autres. Ses élèves devaient commencer par l'apprentissage dans sa pureté de la basse continue à quatre voix. Il entamait ensuite avec eux les chorals; il commençait par disposer la basse et ils devaient ensuite inventer eux-mêmes les parties d'alto et de ténor. Dans l'enseignement de la fugue, il commençait avec eux par les fugues à deux voix, etc. Il leur apprenait ensuite à écrire eux-mêmes la basse. La conception complète de la basse et l'apprentissage du choral est sans conteste la meilleure manière pour apprendre la composition, quoad harmoniam. Pour ce qui est de l'invention des idées, il exigeait dès le début qu'en en fût capable; à quiconque ne possédait pas cette faculté, il conseillait de ne pas s'occuper de la composition. Avec ses enfants et ses autres élèves, il ne commençait l'étude de la composition pas avant qu'il n'eût vu leurs travaux dans lesquels il pouvait découvrir leur talent.
(...)
Dans l'appréciation des travaux, il était, quoad harmoniam, très sévère, mais, par ailleurs, il savait donner son approbation à tout ce qui était véritablement bon, même s'il y trouvait des traces de faiblesse humaine. En raison de ses multiples occupations, il eut à peine le temps de faire la correspondance la plus indispensable, et il ne put donc pas avoir de longs entretiens écrits. Il n'en eut que plus l'occasion de s'entretenir oralement avec de bonnes gens, car sa maison était si vivante qu'elle ressemblait tout à fait à un pigeonnier. Tout le monde trouvait sa fréquentation très-agréable et souvent très-édifiante."

F.W. Marpurg, 1776
"Je crois que ce grand homme [Bach] s'est servi de plus d'une seule méthode dans son enseignement, et qu'il en a forgé une nouvelle à chaque fois selon la nature de l'esprit de tel élève, selon qu'ils étaient plus ou moins bien doués par la nature, méthodes souples ou rigides, pleines d'âme ou bien dures comme le bois."

J.Ph. Kirnberger, 1781
"Le grand J.Seb. Bach avait autrefois l'habitude de dire: "Il doit être possible de tout faire", et il ne voulait jamais entendre parler d'une impossibilité quelconque. C'est ainsi qu'il m'a de tout temps incité à jouer selon mes modestes forces, au prix de beaucoup de peine et de patience, des
œuvres par ailleurs très difficiles."

J.Ph. Kirnberger, 1782
"Sa méthode est la meilleure, car il va habituellement et pas à pas du plus facile au plus difficile, et c'est ainsi qu'il n'est, avec lui, pas plus difficile de s'approcher de la fugue elle-même que de quelque chose d'autre."

E.L. Gerber, sur son père H.N. Gerber, 1790
"Comme il était originaire de la région de Schwarzburg, Bach l'accueillit avec particulièrement d'obligeance et ne cessa plus de le nommer son compatriote. Il lui promit de lui donner l'enseignement qu'il demandait et lui demanda en même temps s'il avait beaucoup joué de fugues. Dès la première heure, il lui donna ses Inventions. Après qu'il les eut étudiées à la satisfaction de Bach, il travailla une série de Suites, puis le "Clavier bien tempéré". Cette dernière
œuvre, Bach l'avait jouée trois fois devant lui, avec son art inimitable, et mon père comptait parmi les plus heureuses de sa vie les heures où Bach, prétextant qu'il n'avait pas envie de donner son enseignement, s'asseyait à l'un de ses excellents instruments et transformait ainsi ces heures en minutes."

J.F. Reichardt, sur J.Ph. Kirnberger, 1792
"Lorsque Kirnberger partit pour Leipzig afin d'y étudier le contrepoint sous la direction du grand Sebastian Bach et apprendre à écrire proprement pour quatre voix, il s'attaqua à sa tâche avec tant d'ardeur qu'il en eut la fièvre et dut garder la chambre pendant dix-huit semaines. Il n'en continua pas moins, dans les bonnes heures que lui accordait la fièvre, d'inventer toutes sortes de thèmes et, comme Sebastian avait remarqué ce zèle extraordinaire, il s'offrit à venir lui-même dans sa chambre, car sortir pouvait lui être néfaste et les allées et venues des papiers étaient assez pénibles. Lorsque Kirnberger donna un jour à entendre à son maître qu'il n'était pas en état de lui manifester sa reconnaissance pour sa bonté et ses efforts, Bach, qui prévoyait sans aucun doute les mérites futurs de son élève pour le maintien de l'art véritable, qui aimait l'art pour lui-même et non point pour les avantages qui lui sont associés, Bach donc lui dit: "Mon cher Kirnberger, ne parlez pas de reconnaissance. Je me réjouis que vous vouliez étudier l'art des sons à partir de ses fondements mêmes, et il ne dépend que de vous, d'après ce que je sais, de les faire vôtres. Je n'exige rien de vous que l'assurance que vous transmettrez en temps voulu ce peu de choses à d'autres bons sujets qui ne se contenteront pas des fredons habituels."

J.N. Forkel, 1802
"Je parlerai d'abord de ses leçons au clavier. Il commençait par enseigner à ses élèves la méthode de toucher l'instrument que j'ai rapportée ci-dessus. Dans ce but, il leur faisait jouer longtemps de simples exercices pour tous les doigts des deux mains, apportant une attention constante à la clarté et à la netteté de leur toucher. Tous ses élèves, sans exception, devaient pratiquer ces études, et il était d'avis de ne les point interrompre avant six mois ou un an. Dans le cas seulement où il voyait un de ses élèves perdre patience, il poussait la bonté au point d'écrire dans le même but de petits morceaux dans lesquels ces exercices se trouvaient encastrés. On peut ranger dans cette catégorie ses Six petits préludes pour les commençants, et bien mieux encore ses Quinze inventions à deux parties. Il écrivit ces deux opuscules en donnant ses leçons, et n'avait guère encore en vue que le besoin momentané de l'élève."



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Textes tirés de Bach en son temps, Gilles Cantagrel, Fayard